Bons ou mauvais scénarios ?
- il y a 5 jours
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Dernière mise à jour : il y a 4 jours
On m’a récemment demandé si, dans le cadre de mon travail, je lisais beaucoup de bons ou de mauvais scénarios. Quelques jours plus tard, on m’a posé une question proche, mais sous l’angle de l’originalité : est-ce que je lis beaucoup d’histoires vraiment nouvelles ?
Et j’ai mis un instant avant de pouvoir répondre, parce que ce n’est pas ma façon d’aborder un scénario.
Quand un auteur ou une production me soumet un scénario, il ne me demande pas une fiche de lecture, mais une consultation. Il attend de moi une vision extérieure, professionnelle et constructive pour atteindre la meilleure version du scénario possible.
Et pour ce faire, j’ai conservé mon approche de monteuse. Je lis un scénario comme je regardais autrefois les rushes d’un film à monter : en cherchant où s’y trouve précisément le film. Je mobilise à la fois ma réflexion et mon ressenti pour écouter ce que le matériau raconte, observer ce qui émerge et comprendre comment l’utiliser. Je cherche à tendre le récit, à ce que le lecteur soit impliqué, qu’il vibre, qu’il soit immergé. Que la lecture du scénario fasse naître ce film-là, et pas un autre, dans la tête de celui qui le lit.
Je cherche aussi à préparer le scénario à traverser la fabrication du film en étant parfaitement compris par tous, car il est le totem du film, sa référence centrale.
S’il n’est pas absolument clair sur ses intentions, il peut être interprété de façon légèrement fausse, décalé, et le film qui en sortira sera moins fort.
Ceci étant dit, la différence avec le montage est bien entendu considérable, puisqu’au stade du scénario il est encore possible d’ajouter, de transformer, de préciser, d’affiner, alors qu’au montage le matériau est fini et les retournages très rares.
Alors : est-ce que je lis surtout de bons scénarios ou de mauvais ?
Je répondrai par : je lis des scénarios qui nécessitent plus ou moins de travail pour être aboutis. Car je suis persuadée que la qualité d’un scénario tient moins à la qualité de son idée qu’à la qualité de sa mise en œuvre. C’est-à-dire de l’angle sous lequel elle est abordée, des choix narratifs qui sont faits, de la complexité et la justesse des personnages, des dialogues et des interactions. De la façon de rendre le récit a priori imprévisible, et a postériori inéluctable.
Du talent à transformer une intention en expérience pour le spectateur.
Déborah Braun / 90pages
Script doctor


