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Un détail n'est pas un détail: regard de script doctor

  • Déborah Braun
  • 17 févr.
  • 2 min de lecture

Quand j’ai commencé mon premier stage montage, je pensais que retirer ou ajouter une image relevait du perfectionnisme, voire du chipotage. Comment une image, c’est-à-dire 1/24e de seconde, pouvait être si importante ? 1/24e de seconde, c’est insignifiant,non? Un détail, tellement petit. Ça ne se voit sûrement pas…

Tu parles, Charles !

On m’a montré, j’ai vu. Non seulement une image ça fait une différence, mais ça fait une grosse différence.


C’est comme avec la musique. Une erreur classique que l'on fait souvent au début est de caler la musique pile sur l'image. Alors qu’il faut caler le début de la musique une image avant l’image cible. Pourquoi ? Parce que le cerveau traite l'image et le son de façon légèrement asynchrone. Le cerveau anticipe le sens à partir de l'image, mais a besoin que le son précède légèrement l'image pour les percevoir comme simultanés.


Ce sont ces détails, parmi beaucoup d’autres (le détail d'un geste, d'une suspension de souffle,... ), qui font la différence entre un bon montage, et un mauvais à partir d’un même matériau. Il faut savoir les déceler.


Le montage m'a appris ça. Ma facon de faire du script doctoring en a hérité. Car en script doctoring, c’est le même constat : du détail nait la justesse.


C'est dans la précision d'un temps de silence, dans la description d'un micro-geste, d’un regard, d’un élément de costume ou de décor que se créent le souffle et le rythme du film. Ce sont les détails qui portent le sous-texte et les émotions.


Évidemment, je ne parle pas d'inonder le scénario de détails inutiles. Décrire la couleur du papier peint ou la marque de la voiture n'a souvent aucun intérêt (sauf si cela raconte le personnage ou joue plus tard). Je parle des détails signifiants.

Un détail est signifiant quand il révèle plutôt qu'il ne décrit. La marque de whisky ? Inutile. Le fait qu'il se serve un double avant midi ? Oui, on apprend quelque chose sur le personnage. Concernant les didascalies, c’est la différence entre "Il ferme la porte derrière elle, nerveux." et "Il ferme la porte derrière elle un peu trop fort, fait trois pas vers son bureau, et s'arrête perdu dans ses pensées, les lèvres serrées et les yeux vers le bas, mobiles."" Ou simplement la différence entre une réplique sans didascalie, et la même réplique précédée d'un « Il hésite, puis sourit. »

Ces détails manquent très souvent aux scénarios sur lesquels je travaille, et manquent au lecteur pour qu’il ressente ce qui se joue.


Le travail du script doctor ne consiste pas seulement, à mon sens, à résoudre des problèmes de structure ou de progression dramatique (par exemple), mais aussi à ajuster la perception, à vérifier si l’émotion arrive au bon moment, si le sous-texte est lisible sans être exposé.

C'est vrai en montage, en scénario, mais aussi en design, en mode, en architecture : le détail organise la perception. C’est juste, ou ça ne l'est pas.


Les détails ne sont pas des détails.


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Déborah Braun

Script doctor & consultante en scénario


Un détail n'est pas un détail: regard de script doctor
Un détail n'est pas un détail: regard de script doctor

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