Réécriture : il faut savoir relire.
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Je vois ce défaut chez beaucoup de débutants : le texte est relu (en surface), corrigé (pas assez), et donc envoyé trop vite.
Parce que la relecture a été faite en connaissant son texte par coeur, on passe à côté de beaucoup de détails, de coquilles, de fautes d'orthographe et, surtout, d’incohérences, ou de choses laissées en plan. On a vérifié - trop rapidement - les corrections faites. On n’a pas relu l'ensemble comme un texte neuf. Et c’est le cas même si on a suivi le - bon - conseil de laisser reposer. Sauf que laisser reposer pour pouvoir être surpris par son propre texte demande bien plus qu’un mois de recul. Laisser reposer n’est qu’une préparation, pas une méthode de relecture. Et puis, on n’en a pas forcément le temps. On l’a donc envoyé trop vite, sans que la réécriture ne soit abouti. Un peu pour se débarrasser aussi, pour accélérer le processus, parce qu’on a envie de savoir si on est génial ou nul. (Spoiler : c’est le plus souvent ni l’un ni l’autre, mais quelque part entre les deux.)
Et cela laisse au lecteur le goût d'une précipitation, et d'une version non achevée, et masque les éventuels problèmes de fond, et les améliorations possibles qu’on ne peut pas voir seul. Parce qu’un scénario c’est un peu comme un oignon, on le travaille en le découvrant couche après couche, chacune révélant de nouvelles directions, de nouvelles profondeurs, de nouvelles pistes et de nouvelles choses à affiner, corriger, préciser, retravail après retravail, jusqu’à en atteindre le cœur, et le point final.
J’avoue ici volontiers que, pendant trop longtemps, quand je relisais j’avais moi aussi tendance à survoler les pages. Ou bien les mots se brouillaient sur la page, je recommençais vingt fois, et je finissais par laisser tomber. Je sais maintenant mieux me relire. D’abord, parce que me relisant mieux, je travaille mieux, je vais plus loin, et c’est devenu un plaisir plutôt qu’une déception (qui n’a jamais fantasmé que la première version qu’il osait faire lire était finalisée ?). C’est un cercle vertueux qu’il faut appliquer au service de la qualité de votre scénario, de votre roman, mais aussi de votre carrière. Envoyer un texte trop vite est au pire contre-productif si vous l’envoyez à un producteur ou une maison d’édition, et au mieux pas aussi fructueux qu’il aurait pu l’être si vous l’envoyez à un script-doctor ou des lecteurs.
Mais alors comment faire pour se relire comme si on n’avait pas écrit ?
Il faut tout d’abord lire lentement, en prenant vraiment son temps, et en s’immergeant comme un lecteur-scénariste ou lecteur-écrivain – puisqu’on ne peut jamais tout à fait passer de l’autre côté. Pour bien relire, il faut lire la version en cours comme si elle était la seule qui avait jamais existé. Pour pouvoir le faire, il faut lire tous les mots, sans les mâcher. Pour ma part, j’ai commencé à voix haute, pour m’y obliger. Et depuis que j’ai trouvé le bon rythme, je n’en ai plus besoin systématiquement. On peut provoquer le changement de point de vue, en changeant de support par exemple. Et si l’on ne veut/peut pas imprimer chaque version, et que l’on n’a pas forcément une tablette en plus d’un ordinateur, on peut aussi changer de lieu de lecture, ce qui est bien plus simple. Si vous écriviez à votre bureau, lisez-corrigez sur la table du salon. Alors oui, l’écriture étant 80% de réécriture, on se retrouve vite à réécrire ailleurs et à avoir le même problème. Mais il suffit alors de rechanger de lieu, et c’est reparti ! Sachez aussi que si quelque chose accroche votre regard, votre oreille, il faudra y revenir, même si vous n’avez pas la solution tout de suite. Ne soyez pas non plus découragé par la somme de travail. Un ami écrivain disait que « c'est beaucoup de boulot, mais c'est pas du travail ». Le talent ne suffit jamais.
Avant d’envoyer, allez au bout de ce que vous pouvez faire seul, relisez encore, et préparez-vous à avoir encore des changements à faire. Et soyez bienveillant avec vous-même : une ou deux coquilles, quelques fautes d’orthographe, si elles restent exceptionnelles, ne devraient pas pénaliser votre texte, et il est souvent difficile de les éviter*. C’est bien ce que le scénario raconte, et comment il le raconte, qui est réellement important, et c’est surtout là qu’il faut savoir relire-réécrire correctement.
Savoir écrire, c’est aussi savoir se relire.
*nb : si vous faites corriger les fautes grammaticales et orthographiques de votre scénario par une IA, sachez qu’elle aura beaucoup de mal à s’empêcher de modifier des tournures de phrase, et parfois même le fond, et ce, même si vous lui avez bien spécifié de ne pas le faire. Et vous aurez alors encore plus de travail de correction.
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Déborah Braun / 90pages
Script doctor & consultante en scénario
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